Les princesses : un mythe éternel
« La princesse est un archétype, explique Carole Sédillot, experte en symbolisme. C’est-à-dire une image universelle, issue de l’inconscient collectif, qui apparaît dans les mythes, les contes et les productions de notre imaginaire. Elle se retrouve dans toutes les civilisations, tous les pays, tous les temps. »
L’influence s’exerce principalement à travers des stéréotypes de genre, des attentes irréalistes et une vision simpliste de la vie et des relations.
Les princesses de contes de fées fascinent les enfants depuis des générations. De Blanche-Neige à Vaiana, elles véhiculent des valeurs, des rêves, mais aussi des stéréotypes de genre. Leur influence sur la construction de l’identité des enfants, notamment des filles, suscite de plus en plus de débats.
Depuis toujours, la figure de la princesse symbolise la beauté, la grâce et le destin exceptionnel. Cependant, les représentations classiques des princesses Disney (Cendrillon, La Belle au bois dormant, Ariel) reposent sur des modèles féminins souvent passifs, dépendants du sauvetage d’un prince.
📌 Comment les princesses Disney influencent-elles la perception des enfants ?
📌 Quels stéréotypes se cachent derrière ces figures emblématiques ?
📌 Comment accompagner les enfants dans une approche plus équilibrée des contes de fées ?
Le renforcement des stéréotypes
Une étude réalisée par l’Université américaine de Birgham Young et Sarah M. Coyne prouve que les enfants qui regardent ces dessins-animés sont plus susceptibles d’être conditionnés par les mœurs de la société.
Les parents ont tendance à être prudents sur les médias que leurs enfants consomment. Mais un symbole pourrait être plus puissant que n’importe quelle évaluation ou révision : le logo de Disney.
De nouvelles recherches du professeur Sarah M. Coyne montrent que l’engagement avec la culture Princesse Disney n’est pas si inoffensif : il peut influencer les enfants d’âge préscolaire à être plus sensibles aux stéréotypes potentiellement dommageables. Ces comportements stéréotypés ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais les recherches antérieures ont montré qu’ils peuvent être limitants à long terme pour les jeunes femmes.
«Je pense que les parents trouvent que la culture Disney est sécurisante. C’est le mot que j’entends à maintes reprises, c’est «sûr», dit Coyne. Mais les parents devraient vraiment envisager l’impact à long terme de la culture princesse. »
L’étude a porté sur 198 enfants d’âge préscolaire et a évalué comment ils interagissaient avec la culture Princesse Disney (regarder des films, jouer avec des jouets, etc.)
«Nous savons que les filles qui adhèrent fermement aux stéréotypes sexuels féminins se sentent incapables de faire certaines choses, a déclaré M. Coyne. Elles ne sont pas confiantes et ne pensent pas qu’elles peuvent réussir dans les mathématiques et la science. Elles n’aiment pas se salir, alors elles sont moins susceptibles d’essayer de faire des expériences. »
L’obsession de la perfection
«Les Princesses Disney représentent quelques-uns des premiers exemples d’exposition à l’idéal mince», a déclaré Coyne.
Avec les stéréotypes qu’ils véhiculent à travers la parfaite femme au foyer (Blanche Neige), celles qui font tout pour plaire à l’homme de leurs rêves (La petite Sirène), et d’autres enfermées dans leur tour d’ivoire (Raiponce), il est difficile de faire évoluer la perception des enfants sur le monde qui les entoure. Malgré les changements de la société, les princesses, issues de Disney notamment, empêchent la jeunesse d’appréhender le monde différemment. Minces, belles, sans défaut et exagérément gentilles, les héroïnes sont, aujourd’hui encore, victimes de sexisme.
Les princesses sont fréquemment représentées comme passives, dépendantes d’un prince pour leur salut et valorisées principalement pour leur beauté physique. Ces représentations peuvent renforcer l’idée que les filles doivent être dociles, belles et attendre un sauveur masculin pour trouver le bonheur.
Des attentes irréalistes
Les histoires de princesses présentent souvent des fins heureuses simplistes et immédiates, ce qui peut établir des attentes irréalistes chez les enfants. La notion de « vivre heureux pour toujours » sans effort continu ou sans épreuves importantes peut les amener à croire que la vie se déroule sans obstacles une fois qu’un objectif spécifique est atteint, comme trouver l’amour ou obtenir une reconnaissance sociale.
En réalité, le bonheur et la satisfaction dans la vie exigent des efforts constants, de la résilience et des ajustements permanents. Les enfants qui ne voient pas ces aspects réalistes peuvent devenir facilement frustrés ou déçus lorsqu’ils rencontrent des difficultés inévitables dans la vie réelle.
Adulte, on peut voir apparaître le syndrome de la princesse « Un jour mon prince viendra » : les princesses ne véhiculent pas seulement l’image de la femme qui doit être parfaite en toutes circonstances, mais également l’image que la femme, sans son prince, n’est pas capable de grand chose, ni même d’être heureuse.
Certaines femmes aujourd’hui sont donc à la recherche du prince charmant, de l’homme qui viendra les sortir de leurs conditions de vie qui ne leur suffisent pas/plus.
« Un jour ton prince charmant viendra… Il sera beau, grand, intelligent, riche, respectueux, tu te marieras et vous aurez beaucoup d’enfants, les plus heureux du monde ».
Extrait de La Princesse qui croyait aux contes de fées de Maria Grad
Non mesdemoiselles, mesdames, vous n’avez besoin de personne !
Le rôle des parents
Les parents peuvent accompagner leurs enfants dans la visualisation de ces dessins animés. En soulignant les points positifs et négatifs de la culture Princesses Disney, cela peut aider les enfants à être plus conscients des médias qu’ils consomment.
Les enfants n’ont pas à se désengager complètement de la culture Princesse, mais les parents devraient favoriser une grande variété d’intérêts qui ne se limitent pas à la princesse ainsi présentée par Disney.
Une princesse qui évolue
Il est important de noter que l’industrie du divertissement a commencé à répondre à ces critiques en créant des personnages de princesses plus diversifiés et indépendants. On a pu le voir avec Rebelle ou Vaiana : des femmes, des princesses qui n’attendent pas qu’un prince charmant ou un autre élément extérieur ne vienne les sauver.
Cependant, malgré ces progrès, les influences négatives des représentations traditionnelles des princesses restent puissantes. Les parents et éducateurs jouent un rôle crucial en fournissant un contexte et des discussions critiques autour de ces personnages pour aider les enfants à développer une compréhension plus équilibrée et réaliste des rôles de genre, des relations et des attentes de la vie.
Conclusion
Les princesses de contes de fées et de films d’animation ont une influence indéniable sur les enfants, mais cette influence n’est pas toujours positive. Les stéréotypes de genre, les attentes irréalistes et la vision simpliste des relations peuvent affecter le développement et la perception de soi des enfants. Il est essentiel de promouvoir une diversité de modèles et d’encourager une réflexion critique pour aider les enfants à naviguer ces influences de manière saine et équilibrée.
Les princesses ont marqué des générations d’enfants, mais leur représentation a longtemps véhiculé des stéréotypes limitants. En adoptant une approche critique et en diversifiant les modèles proposés, il est possible de permettre aux enfants d’apprécier ces histoires tout en développant une vision plus équilibrée de la vie et des rôles de genre.
« La princesse se demanda pourquoi toute sa vie elle avait rêvé d’un prince charmant au point d’avoir l’impression de n’être plus personne sans son prince. Elle avait eu besoin de l’amour d’un prince et de ses yeux pétillants pour se sentir belle, unique, désirable. Son bonheur ne dépendrait plus de lui parce que désormais, elle s’aimait suffisamment pour se rendre heureuse – avec ou sans prince. »
La Princesse qui croyait aux contes de fées, Maria Grad
Louise Payet, 2018